Non mais merde alors, le réel ne me parait pas réel.

Là j'ai l'horizon, la mer à l'infini, le soleil qui se reflète dans la mer, les nuages qui sont transpercés par le soleil, la montagne entourée par la mer, la plage de galets, c'est juste incroyable, mais j'éprouve le besoin incessant de capturer la beauté des choses pour la communiquer. Mais je ne crois pas qu'avec mon téléphone portable j’y arrive.

Là ce que je vois, c'est le contraste du ciel avec son propre reflet dans l'eau et je ressens l'immensité. Mais cette sensation, je ne suis pas vraiment capable de m'en imprégner profondement. Pourtant, c'est là le seul cadeau de cet instant; celui de pouvoir ressentir cette immensité. Mais dans l’urgence que j’ai à la traduire, je m’en eloigne.

Parce que je me retrouve en permanence happé par le besoin de prolonger mon expérience du réel au travers de mon appendice numérique, et ma première réaction en arrivant sur cette plage, c'était de vouloir capturer cette vue dans une photo destinée à Instagram. Et c’est presque impossible de la traduire ainsi car le réel est beaucoup plus insaisissable et parfois demande tout simplement le silence et la contemplation.

Mais je m’en detourne en permanence, et j'ai le sentiment que par la photographie faites au smartphone je me ferme au présent. C'est qiu’elle est attendue, que ses canaux sont sur-saturés et que la complexité du monde n’y apparaît pas du fait même des modalités de consommation de l’image; que cette photographie est un aplatissement du réel, amputé de l'expérience corporelle et sensorielle, et du temps; qu’elle me donne une liberté insuffisante, qui dit à peine d’un geste presque nonchalant, que j'étais là. Mais quelle vacuité.

Là, le nuage, il est incroyable. Je sais pas, je pense que c'est impossible de vraiment le prendre en photo. Je vais essayer mais ça va rien donner.

Le ciel est incroyable, le soleil est incroyable. Oh là. Ah ouais, c'est incroyable. C'est incroyable.

J'essaye absolument de trouver du lien aux autres à travers des corps disponibles, des corps disposables, des corps à la demande, à la location. Ou plutôt au prêt.. Et. Je m'extrais du réel en…

readers loved this