Proton : 90 % du code écrit par l’IA, et pour le CEO, vouloir tester la sécurité est une mentalité de losers
En octobre 2026, 90 % du code des outils Proton aurait été écrit par l'IA. Au-delà de ce chiffre, il y a l'inquiétude de plusieurs salariés de l'éditeur suisse et la pression mise par la direction, à commencer par le patron, Andy Yen. Voici ce que révèle l'enquête de 404 Media.
Pour rappel, Proton, c'est l'entreprise suisse derrière Proton Mail, lancé en 2014 après les révélations d'Edward Snowden. Depuis, l'écosystème Proton s'est bien étoffé avec de nombreux outils et services, comme Proton Pass, Proton VPN et j'en passe. Depuis juillet 2025, il y a aussi Lumo, l'IA de Proton pensée pour respecter la vie privée.
En public, Andy Yen, fondateur et CEO de Proton, tient un discours prudent à propos de l’IA, et parfois même réticent. Dans un entretien accordé à WIRED en août, il présentait l’IA comme une forme de surveillance et reconnaissait que Proton s’y était engagé à contrecœur. Malgré tout, il estime que les entreprises spécialisées dans le respect de la vie privée devaient aussi se lancer dans ce domaine, afin de ne pas abandonner l’avenir aux géants de la tech.
En interne, le ton serait tout autre. Le 29 octobre 2026, Joseph Cox de 404 Media a publié une longue enquête sur Proton. Elle s'appuie sur les témoignages de huit salariés, d'un ancien salarié de Proton, des conversations Slack internes, des enregistrements de réunions et une note interne rédigée par le CTO, Bart Butler.
Accrochez-vous, ça va secouer.
Des tests de sécurité jugés « loser thinking »
Fin août, dans le canal Slack dédié à la sécurité, un salarié a demandé de prendre quelques jours de son temps pour mener un test d'intrusion sur du code fraîchement écrit, avant sa mise en production. "C'est des conneries et une mentalité de loser. Bien sûr qu'on peut être rapide et sûr.", a répondu Andy Yen, d'après les messages consultés par 404 Media. Il invite ensuite les équipes à cesser d'écrire le code à la main et à utiliser davantage l'IA. De quoi pousser un autre ingénieur à poster un message indiquant que la sécurité semblait peu prioritaire aujourd'hui... sans obtenir de réponse directe. Ambiance.
D'après 404 Media, Proton a d'ailleurs mis en place un vrai plan d'action pour promouvoir l'IA en interne :
Une adresse e-mail dédiée : les salariés peuvent y signaler tout ce qui freine l'adoption de l'IA, pour que la direction le fasse sauter.
Un logiciel de mesure : installé sur les postes de travail, il suit la quantité de code générée par l'IA.
La fin des recrutements d'ingénieurs : Andy Yen a annoncé que cette année serait la dernière où Proton embauche des ingénieurs, l'entreprise visant ensuite des profils chargés de construire des produits avec l'IA.
Puis, un vendredi après-midi de septembre, Bart Butler a publié sur Slack une note interne intitulée « AI @ Proton ». "Votre travail a fondamentalement changé. Il ne consiste plus à écrire du code.", peut-on lire dans ce document. Si Proton ne prend pas ce virage, c'est une "menace existentielle pour la réussite de la mission elle-même", prévient le CTO. Il veut aussi, à terme, un code majoritairement relu par l'IA plutôt que par des humains. En réunion, il a affirmé que 90 % du code produit en octobre avait été écrit par l'IA, en grande partie avec Claude d'Anthropic, selon plusieurs salariés.
Source : 404 Media (version publiée sur X)
Autre épisode, en mai, lors du déploiement du chiffrement post-quantique dans Proton Mail. Mécontent que la communication mette en avant une limite (les anciens e-mails ne sont pas couverts), Andy Yen aurait demandé à un membre de l'équipe de rectifier le tir sur Reddit avec son compte personnel.
Des entretiens qui s'enchaînent et qui sont pesants
Le 26 octobre, Proton a annoncé par e-mail qu'une partie de ses salariés serait « ré-interviewée » sur son usage de l'IA, du 4 au 11 novembre 2026. Chaque salarié concerné sera reçu par un responsable extérieur à son équipe et à sa hiérarchie, choisi pour sa maîtrise de l’IA. Une simple liste d’outils ne suffira pas : il faudra présenter des exemples concrets afin de prouver comment est utilisée l'IA. Andy Yen aurait déjà interrogé plus de 40 cadres dans les équipes produit et d'ingénierie. Surtout, cet e-mail prévient que ces entretiens pourront peser sur le maintien de l'emploi de chacun.
"Nous ne faisons pas de licenciements en utilisant l'IA comme excuse.", affirme Proton dans un commentaire publié sur r/ProtonMail. L'entreprise y évoque une pénurie de talents et malgré cette situation crispante en interne, des recrutements en cours.
Interrogée par 404 Media, Proton n'a contesté aucun élément de l'enquête. Son porte-parole reconnaît des inquiétudes en interne, et une direction parfois trop brutale. La situation semble tendue, et un autre document interne indique par ailleurs que Proton n'est pas en voie d'atteindre son objectif de revenu récurrent annuel.
Si vous utilisez Proton, ces déclarations peuvent-elles vous amener à douter et à vous interroger à propos de l'utilisation de leurs services ?
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Cofondateur d'IT-Connect et Microsoft MVP "Cloud and Datacenter Management". Mon obsession depuis près de 15 ans ? Rendre l'administration système et la cybersécurité accessibles, que vous soyez junior ou confirmé. Plus qu'un métier, l'IT est pour moi une véritable passion. J’accompagne au quotidien les sysadmins et les professionnels de l’IT dans leur montée en compétences et leur veille technique.