Linux 7.3 : record historique de commits pour le noyau, voici les nouveautés
18 765 commits, 3 021 développeurs, dont 807 qui contribuaient pour la première fois : Linux 7.3 est la version la plus chargée de l'histoire du noyau Linux. Mais au-delà de ce record, quelles sont les nouveautés ? Voici l'essentiel à savoir.
Le 18 octobre 2026, Linus Torvalds a publié la version finale de Linux 7.3. Dans son annonce sur la liste de diffusion du noyau, il indique que la dernière semaine de développement, après la RC7, n’a apporté aucun problème particulier.
Les chiffres, eux, n'ont rien d'ordinaire. D'après LWN.net, Linux 7.3 bat des records sur tous les plans : 18 765 commits (hors commits de fusion), 3 021 développeurs et 807 nouveaux contributeurs. C'est énorme, et pourtant à un niveau assez proche du précédent record appartenant à Linux 6.7, sorti en janvier 2024, avec 17 284 changements. Bon, il faut tout de même avouer qu'à l'époque le total était un peu gonflé, puisque l'intégration de bcachefs avec tout son historique de développement représentait près de 3 000 commits à elle seule.
Pour autant, Linus Torvalds est serein et annonce qu'il part en vacances en famille : "Je passerai la majeure partie de la journée sur un bateau et sous l'eau", précise-t-il. Les prochains merges attendront donc quelques heures.
Comment expliquer de telles chiffres ? Aucun décompte officiel ne mesure la part de l'IA, mais elle pèse sur le volume de correctifs. En août, en publiant la 7.2-rc7, Linus Torvalds parlait déjà d'une "nouvelle normalité, avec beaucoup de correctifs, dont une bonne partie issue de la revue de code par divers outils d'IA". Pendant le cycle de la 7.3, les mainteneurs du sous-système réseau l'ont ressenti eux aussi : "Nous sommes complètement submergés, bien entendu", écrivait Jakub Kicinski dans sa demande de fusion.
Qu'en pense Linus Torvalds ? Il faut bien avouer que son discours a évolué. En mai, je relayais son coup de gueule contre l'afflux de rapports de bugs générés par IA, qui rendait la liste de diffusion dédiée à la sécurité « ingérable ». En juillet, il affirmait au contraire que « Linux n'est pas un de ces projets anti-IA », et invitait les opposants à créer un fork ou à passer leur chemin. Début octobre, il a même développé avec Claude Code une branche du noyau destinée à accélérer les lectures dans le cache de pages. Dans le même temps, le Maintainers Summit a décidé d'abandonner la balise « Assisted-by », qui signalait les contributions réalisées avec un outil d'IA. Un sacré changement de position.
Linux 7.3 : les principales nouveautés
Voici les changements à retenir intégrés à Linux 7.3 :
Mémoire vidéo : sur une carte graphique avec peu de VRAM, un jeu pouvait voir ses données reléguées dans la mémoire système (GTT), plus lente, parce que d'autres applications avaient occupé la VRAM avant lui. Linux 7.3 rend efficace la protection offerte par le contrôleur dmem des cgroups : le noyau évince d'abord les données des applications non protégées. Un travail mené par Natalie Vock pour Valve : de quoi optimiser les performances des jeux vidéos.
Ordonnanceur : la gestion des groupes de processus (cgroups) a été revue pour mieux répartir le temps processeur sur les machines dotées de nombreux cœurs, avec quatre méthodes de répartition du poids. La prise en charge des sous-ordonnanceurs sched_ext est finalisée : chaque cgroup peut être piloté par son propre ordonnanceur BPF.
Systèmes de fichiers : ext4 améliore les écritures parallèles en accès direct (direct I/O), un mode très utilisé par les bases de données. Un nouveau chemin simplifié dans iomap fait passer ext4 de 1,92 à 2,19 millions d'IOPS sur une charge de test. Btrfs n'a pas été oublié : ses accès directs atteignent environ 95 % du débit théorique, contre 50 % auparavant.
Isolation des processus : le nouveau pseudo-système de fichiers failfs, où toute opération échoue, s'accompagne d'un appel système fchroot(). Un processus qui place sa racine dans failfs ne peut plus résoudre aucun chemin absolu : il doit passer par des descripteurs de fichiers ouverts au préalable. Une nouveauté intéressante pour le sandboxing.
Serveur SMB : ksmbd prend en charge, en option, les extensions Apple Time Machine, ainsi que le chiffrement SMB3 imposé partage par partage.
Si vous souhaitez avoir plus de détails, je vous encourage à lire cette page.
Quand pourrez-vous en profiter ?
Si vous êtes sous Ubuntu 26.10, c'est déjà fait, ou presque. Sortie le 15 octobre, cette version intermédiaire embarque Linux 7.3 dans une version candidate. Donc la version finale devrait arriver dessus rapidement.
Pour vos serveurs en production, inutile de vous précipiter : Debian, Ubuntu LTS et les distributions d'entreprise restent sur des noyaux maintenus sur la durée, avec rétroportage des correctifs de sécurité. La prochaine version quant à elle, à savoir Linux 7.4, est attendue pour décembre 2026.
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Cofondateur d'IT-Connect et Microsoft MVP "Cloud and Datacenter Management". Mon obsession depuis près de 15 ans ? Rendre l'administration système et la cybersécurité accessibles, que vous soyez junior ou confirmé. Plus qu'un métier, l'IT est pour moi une véritable passion. J’accompagne au quotidien les sysadmins et les professionnels de l’IT dans leur montée en compétences et leur veille technique.