LiberNT : ni Windows, ni Linux, qu’est-ce que cet OS open source ?
Un système d'exploitation libre, qui n'est ni Windows ni une distribution Linux, mais qui veut faire tourner les applications Windows 11 et celles de Linux ? C'est l'objectif de LiberNT, un fork de ReactOS. Par curiosité, je l'ai testé dans une machine virtuelle...
Pour rappel, ReactOS est un projet open source né au milieu des années 1990 (il a célébré ses 30 ans en début 2026), qui réimplémente l'architecture de Windows NT pour exécuter les applications et les pilotes Windows sans Windows. Pour autant, il cible une compatibilité avec Windows Server 2003, ce qui en fait un projet peu sexy.
LiberNT reprend cette base de code, mais vise la compatibilité avec Windows 11 version 24H2 (d'après la page de présentation du projet). Ce n'est donc pas la dernière version en date, puisque Windows 11 26H2 est disponible, mais on s'approche tout de même d'un OS récent. Ce projet a été lancé par Ahmed Arif, qui le maintient avec d'autres contributeurs.
LiberNT se présente comme indépendant, sans affiliation avec l'équipe de ReactOS ni avec Microsoft. Son code source est publié sur GitHub sous licence GPL 3.0. Voici un aperçu de son interface actuelle. Un véritable air de Windows, mais ce n'est pas Windows, car c'est un noyau NT open source qui est utilisé.
Ce que LiberNT change par rapport à ReactOS
La majorité du code reste commune avec ReactOS. Mais LiberNT veut aller plus loin et apporte pour le moment les nouveautés suivantes :
Windows 11 comme référence : le comportement du système est comparé, test par test, à celui de Windows 11 (est-ce une référence ? Pas forcément à tout point de vue... n'est-ce pas...).
Un nouveau gestionnaire de mémoire : baptisé NVS, il remplace celui de ReactOS et serait plus rapide.
ARM64 en priorité : LiberNT fonctionne sur ARM64, en plus du x86 en 64 et 32 bits, et peut exécuter des applications Windows x86 sur ARM grâce à un émulateur.
Du matériel plus récent : des pilotes d'affichage modernes, à commencer par ceux du Raspberry Pi 5 et 3, ainsi que la prise en charge du NVMe et de l'USB 3.0.
Des programmes Linux : depuis la fin du mois d'octobre 2026, LiberNT exécute aussi des programmes Linux. J'y reviens plus loin.
Attention à ne pas confondre LiberNT avec Wine. Wine traduit les appels Windows pour faire tourner des programmes Windows sur Linux ou macOS. LiberNT, lui, est un système complet dont le noyau est un noyau NT.
La référence à Windows 11 se retrouve jusque dans l'application Paramètres : la page d'informations système affiche comme cible « Windows 11 24H2 ». Mais c'est bien une édition LiberNT. Mais alors d'où viennent toutes ces similitudes avec Windows ? LiberNT revendique une approche dite clean-room : selon lui, aucun code de Microsoft n'est copié, le système étant développé à partir de la documentation publique et de tests réalisés sous Windows 11. L'auteur de LiberNT assume aussi le recours à l'IA pour écrire et relire du code, mais il affirme que chaque modification est révisée par un humain. Human in the loop.
J'ai testé LiberNT dans une VM Hyper-V
Fin octobre, j'ai voulu tester une première fois LiberNT dans une VM Hyper-V, mais ça n'a pas été concluant... La VM redémarrait en boucle. Et puis, récemment, il y a eu des correctifs apportés par le mainteneur de LiberNT. Ainsi, la build de LiberNT publiée début novembre démarre sur Hyper-V dans une VM de génération 2, à condition d'utiliser un disque au format VHDX et de désactiver le démarrage sécurisé. Il est également possible de récupérer une image ISO ou de créer une VM sur une autre plateforme comme Hyper-V.
Au premier démarrage, un assistant demande de nommer l'ordinateur et de créer un compte. Il propose ensuite d'installer plusieurs composants, dont Google Chrome, Mozilla Firefox, Steam, les runtimes Visual C++ et des composants issus de Wine (ah, tiens).
Une fois sur le bureau, l'illusion est assez réussie. L'Explorateur de fichiers reprend l'interface de celui de Windows 11, avec le système d'onglet, le menu contextuel, la barre d'adresse... Et l'arborescence est habituelle : de C: jusqu'au dossier System32 et ses DLL. Le Bloc-notes permet de créer et d'enregistrer un fichier texte, et l'application Paramètres reprend la structure de celle de Windows 11, même si ce n'est pas aussi riche. Les applications sont parfaitement utilisables et le gestionnaire de paquets LiberNT s'appuie sur WinGet pour faciliter l'installation d'applications.
Le plus surprenant reste le raccourci « Linux Terminal » du menu Démarrer, qui ouvre un shell Ubuntu. Au premier lancement, il télécharge des paquets d'Ubuntu 26.04 LTS depuis les serveurs de Canonical. Le principe rappelle la première version de WSL : il n'y a ni machine virtuelle ni noyau Linux, c'est LiberNT qui exécute lui-même les programmes Linux. Sans oublier une invite de commandes LiberNT qui reprend les commandes MS-DOS de base.
LiberNT supporte aussi les applications graphiques Linux, comme celles de GNOME, et elles s'ouvrent même dans leur propre fenêtre sur le bureau de LiberNT. Il reste toutefois des limites, comme l'absence d'accélération graphique et de son pour ces programmes. Mais bon, LiberNT est en développement actif...
Un projet encore loin d'un usage en production
Il faut garder les pieds sur terre, on est encore loin d'un projet prêt pour la production. Mais franchement, ce projet est très actif en ce moment, et je suis curieux de voir jusqu'où il pourra aller. L'initiative est intéressante, mais à force de vouloir ressembler à Windows 11 attention à ne pas hériter de tout ce qui dérange les utilisateurs... Par contre, un "Windows 11 open source", allégé by design où l'utilisateur garde la maîtrise totale comme sur Linux, ça peut avoir du sens.
Qu'en pensez-vous ? Si vous voulez tester, voici quelques liens utiles :
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Cofondateur d'IT-Connect et Microsoft MVP "Cloud and Datacenter Management". Mon obsession depuis près de 15 ans ? Rendre l'administration système et la cybersécurité accessibles, que vous soyez junior ou confirmé. Plus qu'un métier, l'IT est pour moi une véritable passion. J’accompagne au quotidien les sysadmins et les professionnels de l’IT dans leur montée en compétences et leur veille technique.